| 21/02/2007 |
Itv Nicolas Sarkozy 21/02
 Ou bien, vous avez entendu Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, candidat de l'UMP à l'élection présidentielle, en direct, ce matin, sur RTL, à partir de 7h45. Ou bien, vous réécouterez l'ensemble à partir du site de RTL. Ce matin, ici, sur ce blog, je parlerai seulement de ce qui s'est passé avant et après cette interview matinale.
Comme chaque matin, le service d'accueil de RTL m'a prévenu de l'arrivée de l'invité. C'était un peu avant 7h30. Je suis sorti de mon bureau et me suis dirigé vers le studio, comme à mon habitude, un peu avant 7h40. Ne jamais parler avant avec l'invité, tenter de mettre le plus de sincérité, d'authenticité et de fraicheur possible dans l'entretien. Quand je suis arrivé, Nicolas Sarkozy partageait le café avec quelques uns des dirigeants de RTL et plusieurs journalistes de la station. Il était un peu irrité, presque véhément et, me voyant venir, a reformulé ce qui, visiblement, lui tenait à coeur.
En substance, car je n'ai pas noté les propos exacts, Nicolas Sarkozy a regretté la mise en retrait d'Alain Duhamel. Un grand journaliste, un grand professionnel, a-t-il dit, un homme honnête. Et vous vous privez de lui pour une bêtise, a-t-il poursuivi, c'est à dire l'aveu de son vote dans les conditions qui ont déjà longuement été exposées ici. Et puis, Nicolas Sarkozy a poursuivi, reprenant, je le rappelle, ce qu'il avait déjà dit à ceux qui se trouvaient autour de la table mais que je n'avais pas encore entendu. Cette mise entre parenthèse du travail éditorial d'Alain Duhamel lui a semblé d'autant plus aberrante que la station ne trouvait rien à redire à ma sensibilité de gauche qui, selon Nicolas Sarkozy est audible et visible par tous ceux qui s'intéressent à RTL, ce qui est son cas, oui, Nicolas Sarkozy a l'air d'aimer sincèrement RTL. Je vous ai entendu avec Jean-Louis Bianco, m'a-t-il dit, le directeur de campagne de Ségolène Royal, invité de RTL en début de semaine, lundi matin. Vous étiez complaisant, a-t-il jugé. Et puis, je lis votre blog, a-t-il poursuivi, on voit bien votre sensibilité de gauche. Le tout formulé avec la force qui est la sienne, une détermination qui laisse peu de place à la réplique.
Nous étions là à une minute de l'antenne environ. Je crois assez, personnellement, qu'une interview réussie dépend en très grande partie de la qualité de concentration à laquelle parviennent sinon l'invité, du moins l'intervieweur. Il n'était donc pas question pour moi, à cet instant, d'entrer dans la bataille, de répliquer, de perdre aussi peu que ce soit de tout ce que j'avais emmagasiné de détermination intérieure, de préparation, de possession du personnage et de l'état du débat public depuis au moins la veille. Que l'on ne croit pas que ce genre de travail à l'antenne, en direct, rendez-vous important pour une radio à un moment important pour une nation, s'improvise ou se prépare négligemment. Non. Pour faire ce travail, pour tenter d'être à la hauteur de ce qu'une grande entreprise, une belle rédaction, attendent de vous, pour honorer ce qui correspond à une obligation professionnelle, il faut y mettre de soi, s'immerger dans une situation, un rôle presque, donner généreusement un peu de que l'on porte et de ce que l'on est.
Pour ne rien gaspiller de tout cela, pour ne pas laisser sur la table, avant même d'entrer dans le studio, une once d'influx nerveux, pour ne pas se détourner de ce qui était important, j'ai choisi le plus simple, l'humour, la ressource de toutes les blessures, le bouclier de tous les projectiles, l'auxiliaire de tous les déséquilibres. Connaissez-vous, M. Sarkozy, cette injustice que je subis quotidiennement sur mon blog, puisque vous en parlez, l'ai-je questionné. Il s'est arrêté et m'a regardé avec toute l'attention dont il est capable. A voir cette scène, à ce moment là, une émotion m'a traversé comme une fulgurance. Cet homme a une incroyable présence, une capacité à tout polariser autour de lui et à diffuser une énergie que peu de gens possèdent. Une fois le silence installé, mon effet préparé, j'ai lâché la botte secrète. Sur mon blog, tous les jours, souvent, on me traite de sarkozyste. Quelle injustice, n'est-ce pas?
Un éclat de rire général a salué la saillie. Lui aussi a ri, et de bon c?ur, un peu surpris sans doute, mais, en apparence, sincèrement amusé. Il m'a répondu dans son rire, quelque chose du genre, ne vous laissez pas faire, vraiment, c'est trop injuste. Je lui ai alors signalé que l'heure était venue d'entrer dans le studio. Il s'est levé puis m'a suivi pour prendre place derrière le micro.
Nous avons écouté l'éditorial de Franz-Olivier Giesbert, émaillé comme d'habitude de quelques formules drôles, celle, par exemple, concernant François Bayrou: "Il s'est fait une bonne tête de Français, a-t-il dit, ronchon, qui ne paye pas l'ISF." J'ai souri à la formule sans savoir si Nicolas Sarkozy a souri aussi parce que j'évite dans ce laps de temps de regarder l'invité, pour mieux rester dans la bulle protectrice où flotte toutes les questions qu'il faudra dire, le moment venu, à l'antenne. Entre l'édito de Franz et le début de notre entretien, une courte page de publicité, 45 secondes, a été déclinée. J'en ai profité pour demander à Nicolas Sarkozy s'il souhaitait évoquer le retrait d'Alain Duhamel. Il m'a répondu qu'il le ferait éventuellement au cours de l'entretien, si son déroulement ou une question s'y prêtait. J'ai donc décidé de ne rien changer à l'attaque de mon propos.
Nous sommes sortis du studio un peu avant huit heures, après un peu plus de treize minutes de dialogue. Une interview normale dure sept minutes sur RTL. Un temps court, suffisant, qui oblige à trouver un certain rythme dans les questions et les réponses. Pour les candidats importants de cette élection présidentielle, nous modifions un peu la tranche horaire. Le journal de 7h30 est un peu plus court et ce matin, comme en d'autres occasions, nous avions dégagé douze minutes pour l'entretien. J'ai donc un peu mordu sur un trait qui était déjà large.
Ma dernière question était taquine. Souvent durant ces derniers jours, Nicolas Sarkozy a cité Jean Jaurès et Léon Blum, deux dirigeants socialistes, dans ses discours. Quelqu'un, malin, a fait remarquer qu'à Neuilly, ville des Hauts-de-Seine, en région parisienne, dont Nicolas Sarkozy a été le maire entre 1983 et 2002, il n'y a avait aucune avenue, rue, place ou impasse qui portât ces noms prestigieux. Pour être franc et transparent, ce quelqu'un, c'est François Hollande, j'avoue, je confesse, mon socialisme qui me reprend de temps en temps, comme la fièvre jaune et le paludisme qui ne vous quittent jamais, palu un jour, palu toujours. J'ai donc fait remarquer cette anomalie à l'antenne à Nicolas Sarkozy, dans les toutes dernières secondes de notre dialogue. Il en a été un peu étonné, presque déstabilisé, au point que je n'ai pas bien compris la réponse.
Nous avons donc repris place autour de la table du petit déjeuner. J'étais à sa droite, beaucoup de monde autour de la table, et aussi autour d'autour de la table. Aussitôt, il a attaqué sur la dernière question. Franchement, quelle idiotie cette question. Je ne suis plus maire de Neuilly depuis six ans, a-t-il dit, et vous me demandez ça, franchement, ce n'est pas terrible. Et puis, une chose entrainant l'autre, volubile, souriant, faussement victime, rouleau compresseur de la parole, il est revenu sur mon supposé socialisme et sur Alain Duhamel.
Nous avons été deux ou trois à lui répondre sur Alain Duhamel. Nous lui avons dit combien la situation nous blessait nous aussi, que nous connaissons, comme lui, son honnêteté professionnelle et sa probité personnelle. Cette décision de retrait éditoriale, nous l'avons prise en commun, c'est même Alain qui l'a suggérée. Voilà, c'est fait, il faut tourner la page.
Nicolas Sarkozy est sentimental. Cet homme qui brigue une fonction à la fois prestigieuse et écrasante peut s'arrêter à un détail, s'en désoler, et mettre dans l'expression à propos de ce détail une dose inouïe de la force et de la conviction qu'il porte. C'était, au fond, un spectacle assez saisissant de matin. Quant au socialisme qu'il m'impute, je ne m'en suis pas défendu. D'une part, parce que ma conscience me tranquillise. D'autre part, parce que personne ne doit se justifier de ce qu'il est. On est toujours quelque chose dans le regard des autres et on est différent dans le regard de chacun. Et enfin, je ne me suis pas défendu parce qu'au fond, tout le monde se fout de ce que je suis ou pas.
Avant de retourner dans le studio pour le dialogue avec les auditeurs, nous avons reparlé de Ségolène et de François Bayrou avec Nicolas Sarkozy. Il ne croit pas que la candidate socialiste s'écroulera. Il ne comprend pas bien le calcul de François Bayrou, il l'a dit à l'antenne d'ailleurs. Avec qui gouvernerait-il? Sur quelle ligne politique? En suscitant quel type d'alternative en cas d'échec? Il ne juge pas, enfin, l'élection déjà jouée. Il sait, il le dit comme cela, que le chemin est long jusqu'au 6 mai.
Un peu avant neuf heures, à l'issue d'un dialogue tonique avec les auditeurs, Nicolas Sarkozy a quitté RTL. Vif, enjoué, heureux, dans sa campagne, il a serré toutes les mains qui se tendaient vers lui, il a signé des autographes dehors à ceux qui l'attendaient, il a pris la pose quand on le lui a demandé, le temps qu'un téléphone portable immortalise la scène.
Demain sera un autre jour. Il sera moins animé mais pas moins intéressant. Il s'agira de Charles Pasqua, commentant les propos peu sympathiques à son égard que Jacques Chirac tient sur lui dans le livre de Pierre Péan |
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